Aussi incroyable que cela puisse paraître, on peut légitimement affirmer que EMI, une des quatre maisons de disques majeures actuelles, dont le catalogue compte parmi les plus illustres de l’histoire de la musique enregistrée, doit énormément à la France.

Pourtant, depuis 1931, EMI est bien une société anglaise dont l’antenne française, aujourd’hui composée de plusieurs labels, continue de développer les carrières d’artistes locaux et internationaux, tout en remettant régulièrement en perspective, via des rééditions de qualité, les albums mythiques qui constituent son trésor.
 Il y a un siècle, à Paris, les frères Pathé, d’anciens bistrotiers qui avaient choisi de se reconvertir dans la distribution des premiers phonographes, décidèrent de fabriquer leurs propres modèles, misant sur le disque plutôt que le cylindre (le système inventé par Thomas Edison), et leur entreprise, également un label, suscita bientôt les convoitises.
 Elle fut rachetée en 1928 par The Graphophone Company, filière anglaise de la société américaine Columbia, qui, trois ans plus tard, pour survivre à la crise de 1929, allait s’associer avec The Gramophone Company, une autre société britannique. Ainsi est née, en 1931, EMI (Electric And Musical Industries) dont l’antenne française, baptisée Les Industries Musicales et Electriques Pathé Marconi, signera Edith Piaf la même année et Tino Rossi deux ans plus tard.

Entreprise pionnière, performante et opiniâtre, Pathé Marconi va survivre à la prolifération de la radio (la fameuse T.S.F.) qui pénètre alors tous les foyers français, et à l’occupation allemande. Luis Mariano signera avec le label en 1944, suivi l’année suivante par Charles Trenet.

Boostée par la présence des alliés sur son territoire, puis par l’apparition du 33 tours et du 45 tours à la fin de la décennie, l’industrie du disque locale repart de plus belle après la guerre, et Gilbert Bécaud signe avec Pathé Marconi en 1954. A la même époque, EMI prend Maria Callas sous son aile et fait l’acquisition du label américain Capitol Records (Nat King Cole, Frank Sinatra, Gene Vincent). A la fin de la décennie, EMI va commercialiser les premiers disques vinyle stéréo.

Au début des années 60, Pathé Marconi se dote d’un studio d’enregistrement basé à Boulogne, près de Paris (en Angleterre, EMI a inauguré les siens, Abbey Road à Londres, dès 1931) et multiplie les enregistrements de musique classique à la Salle Wagram de la capitale. La décennie est bien sûr marquée par la signature des Beatles (sur Parlophone, un label anglais, également acquis dans les années 20, par The Graphophone Company), le plus grand groupe de tous les temps (ainsi que par la parution, sur Capitol, du premier album des Beach Boys) et par l’explosion pop qui l’a suivie (entre autres futurs mastodontes, EMI signera Pink Floyd puis Queen).

En France, Julien Clerc, révélé par la comédie musicale “Hair”, rejoint Pathé Marconi en 1968.
 Quatre ans plus tard, la société devient Pathé Marconi EMI.
 Jacques Higelin compte parmi les signatures majeures de Pathé Marconi EMI dans les années 70, tandis que la maison mère rachète Blue Note, le célèbre label de jazz.

La décennie suivante voit l’éclosion de nouveaux labels dont Virgin France, antenne locale de la maison de disques anglaise fondée par Richard Branson.
 En 1981, alors que Gérard Manset commence à enregistrer pour Pathé Marconi EMI, Virgin France signe son premier artiste : Etienne Daho. Au cours de la période, également marquée par l’apparition du CD et la baisse de la TVA sur les disques, qui relancent les ventes, les deux sociétés vont continuer d’enrichir leurs catalogues respectifs (Téléphone, Rita Mitsouko, Alain Souchon et Jean-Louis Murat arrivent chez Virgin, et Jeanne Mas chez Pathé Marconi). Dans le même temps, Iron Maiden, les Pet Shop Boys, Kraftwerk, Kylie Minogue, Duran Duran et Kate Bush signent avec EMI.

Au début des années 90, EMI fait l’acquisition de Virgin. Pathé Marconi devient EMI France (puis EMI Music France) et le groupe s’installe à Issy-les-Moulineaux. Plus dénicheur de talents que jamais, Virgin va publier des disques de IAM, Daft Punk, Manu Chao et Stephan Eicher, et créer Hostile, son label rap. Dans un registre différent, Virgin Classics intègre EMI Music France (qui gère déjà EMI Classics), et Charles Aznavour, Michel Jonasz, I Muvrini, Michel Fugain, Keren Ann et Raphael rallieront EMI Music France en cours de décennie.
 A l’international, EMI signe les Spice Girls, Robbie Williams, Blur et Radiohead, et fait l’acquisition du label rap Priority Records dont Snoop Dogg deviendra le directeur artistique.

En 2004, EMI Music France déménage au nord de Paris, rue du Mont Cenis et les nouveaux locaux abritent aujourd’hui sept labels (Virgin, Capitol, Delabel, Hostile, Blue Note, Virgin Classics, EMI Classics). EMI continue de briller dans les charts mondiaux grâce aux succès de Garth Brooks (cent millions d’albums vendus aux USA), Norah Jones (récompensée par huit Grammy Awards) ou Coldplay (“Viva La Viva Or Death And All His Friends”, album le plus vendu en 2008, et également le plus téléchargé légalement de l’histoire : un million de ventes digitales aux USA, deux dans le reste du monde !).

En 2011, c’est au tour du DJ Français David Guetta, signé par Virgin en 2001, de voir ses ventes exploser dans le monde et de populariser la « dance music » sur tous les continents.
Elle a beau avoir fêté ses quatre-vingts années d’existence en 2011, la société EMI est résolument tournée vers l’avenir comme en témoignent les signatures, tous genres confondus, de nouveaux talents tels que Gorillaz, Katy Perry, Pete Doherty, Amos Lee, Tinie Tempah, Morning Parade, 30 Seconds To Mars, Deadmau5 ou Professor Green à l’international, et Air, Camille, Mademoiselle K, Loane, M. Pokora, Claire Denamur, Revolver ou Soprano en France.
 Pour autant, EMI ne délaisse pas son prestigieux back-catalogue, récemment mis en valeur par des campagnes de réédition et de remasterisation des discographies des Beatles et de Pink Floyd.